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Total-"Erika"
Cancérigène !
Il n'y a désormais plus d'hésitation : la cargaison
de l'"Erika" n'était pas un simple fioul lourd, mais un déchet
hautement toxique et cancérigène ; Total le savait et
l'a caché, tout comme les autorités et le gouvernement.
Le laboratoire indépendant Analytika, qui avait fait les
premières analyses d'un échantillon de l'Erika, l'a comparé
à un échantillon de véritable fioul lourd n° 2 provenant de
la raffinerie de Provence de TotalFina. Il démontre que ce
sont deux produits différents, celui de l'Erika étant le résultat
d'une opération de raffinage plus poussé, un déchet industriel,
et non un carburant de basse qualité "fioul n° 2" servant
de combustible aux centrales. L'analyse révèle un taux de
substances cancérigènes très élevé (benzène et naphtalène),
nocives par inhalation ou par voie cutanée.
En admettant que 15000 tonnes de déchets aient été rejetées
sur le rivage à ce jour, cela fait 7 à 9 tonnes de produits
plus ou moins hautement cancérigènes sur les côtes. Analytika
a demandé que ses analyses soient soumises à une contre-expertise,
ce qui n'a pas été fait par les autorités. Personne ne conteste
sérieusement les travaux du laboratoire, et les médias font
le silence sur ce scandale mettant en cause la santé publique
et le principe de précaution. Certaines mesures du gouvernement
sont autant d'aveux implicites: le ministère de l'Intérieur
a décidé de soumettre tous les pompiers qui ont travaillé
à la dépollution à un suivi médical à long terme, une mesure
qui ne se prend pas à la légère et coûte des millions de francs.
D. Voynet se prononce, avec retard, pour un suivi médical
systématique des bénévoles.
Non content de bénéficier d'une main-d'oeuvre quasi gratuite,
le pollueur TotalFina conserve toujours le silence sur la
toxicité de son produit. Le Monde a révélé que lors du chargement
à Dunkerque, Total devait fournir une "fiche de données de
sécurité" qui spécifie la nature de la cargaison: il y était
spécifié plusieurs fois "peut causer le cancer"
et "éviter l'exposition", et que tout récipient
contenant ce produit devait faire figurer une tête de mort
symbole de toxicité... Quand les autorités du plan Polmar
ont diffusé aux populations les "consignes de protection",
elles ont fait disparaître la référence aux risques. Des volontaires
ont travaillé des jours entiers mains nues, ou avec des gants
inappropriés. Des personnes ont utilisé des solvants pour
se nettoyer, accélérant la diffusion dans l'organisme des
molécules dangereuses. Des enfants ont participé aux travaux.
Beaucoup de bénévoles se plaignent aujourd'hui de maux de
têtes et d'atteintes cutanées. Les populations s'inquiètent,
et beaucoup moins de bénévoles acceptent un travail de forçat,
gratuit, avec un risque sanitaire. Alors que les nappes continuent
d'arriver et que l'épave fuit toujours au large, certains
comités marée noire appellent à l'arrêt du travail bénévole,
et tous demandent que les mineurs ne soient plus exposés.
Le laboratoire Analytika note aussi que la réglementation
européenne oblige les Etats à assumer l'élimination de ce
type de déchet non recyclable sur leur propre territoire,
pour éviter les risques lors du transport, et que Total a
déjoué la loi à trois reprises, puisque l'Erika avait déjà
effectué trois rotations exportant illégalement ces déchets.
A Nantes, le gouvernement réuni le 28 février a annoncé
des mesures ridicules face à une situation pourtant gravissime,
et surtout n'a rien imposé à TotalFina.
Une exigence s'impose: que le ramassage sur les côtes soit
assuré par des professionnels équipés et rémunérés, à la charge
du pétrolier; que Total soit condamné pour infraction à la
loi, et qu'une enquête indépendante soit conduite sur la nature
de la cargaison et sa destination finale prévue. Plus le temps
passe, plus cette catastrophe illustre un immense mépris,
au nom du profit maximum, de la vie des hommes, des femmes,
de l'environnement, et une immense complaisance du gouvernement
pour les intérêts du pétrolier français.
Alain Mathieu (Rouge
02/03/00)
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