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Marée noire : le ton monte

Réunis au Parlement à l’initiative de la gauche unitaire, des collectifs de marins pêcheurs et des experts européens en sécurité maritime ont demandé la mise en œuvre urgente de véritables mesures politiques face au nombre croissant de marées noires. Un mois après le naufrage du prestige l’adoption de nouvelles mesures paraît d’autant urgent que les directives Erika I et II restent insatisfaisantes aux yeux des intervenants.

« L’océan doit cesser d’être une zone de non droit ! ». C’est par ces mots que l’eurodéputée Roseline Vachetta (GUE/NGL), rapporteur sur le paquet Erika I et II a ouvert, mercredi 15 janvier, une réunion de travail associant parlementaires européens et différents collectifs de marins pêcheurs et d’experts civils en sécurité maritime. Car l’heure est grave, relèvent les participants. En trente ans, le transport maritime a connu une expansion de 430% et surtout une baisse de coûts de 30% ces dix dernières années. Or, en l’absence de toute législation contraignante dans ce secteur, 110 à 130 naufrages se produisent chaque année. « Rien qu’autour du Prestige, on retrouve un richissime armateur grec, une société écran libérienne, un pavillon de complaisance des Bahamas, un équipage asiatique, un bureau de contrôle et de vérification des procédures nautiques étatsuniens et français, du fioul lourd russe et une gestion de la catastrophe par les Etats espagnols et français ! » , s’enflamme Mme Vachetta. Le cœur du problème est invariable : dégradation des navires, main d’œuvre insuffisamment qualifiée, non respect des normes de travail et de sécurité sur les navires, incohérence du droit international dans ce domaine.

Pourtant, à la suite du naufrage de l’Erika, deux « paquets » législatifs avaient été adoptés. L’un devait renforcer le contrôle des navires et entraîner progressivement la suppression des bâtiments à simple coque d’ici à 2015. L’autre prévoyait un renforcement du contrôle du trafic maritime avec, notamment, l’installation de boîtes noires sur les navires et la création de ports refuges à la charge des Etats. « Mais ces directives n’ont toujours pas été transposées dans le droit de chaque état, ce qui les rend inapplicables », s’insurgent les participants. « Rien qu’en France, il y a moins de 100 inspecteurs maritimes pour plus de 1000 Km de côtes ! », relève un officier du port du Havre. Et d’ajouter : « Dans de telles conditions, nous ne pouvons inspecter que 12% des navires à risque. Pour être efficace, il faudrait, rien que sur les côtes françaises, créer 150 postes supplémentaires ! Et si l’on se place à l’échelle de l’Union, la création d’un corps de gardes côtes Européen est une nécessité vitale ». Ceci d’autant plus que pour Jean-Paul Hellequin l’efficacité réelle des mesures Erika reste très douteuse. Pour le représentant CGT des marins de Brest, dire que le remplacement des navires usagés par des bâtiments à double coque sécurisera les côtes est illusoire, voire dangereux : « Les bateaux à double coque, s’ils sont mal entretenus, seront des bombes en puissance en raison de la pénétration de gaz d’hydrocarbure entre les deux coques ! Où est l’avancée dans un tel cas ? ».

Outre ces points, aucune mesure efficace n’a été prise à l’encontre des navires de complaisance, immatriculés dans des paradis fiscaux. Pourtant des solutions existent, reprend João Maia, spécialiste portugais en sécurité maritime : « Pourquoi ne pas créer une commission d’enquête européenne dotée d’une plus grande marge de manœuvre que nos autorités nationales, et d’une plus grande force de pression sur les responsables de telles catastrophes ? ». Et Batisda Sixo, responsable du collectif des pêcheurs espagnols, de surenchérir : « L’Europe doit responsabiliser les armateurs et affréteurs. Il est temps de les mettre face à leurs responsabilités en les menaçant d’amendes ou de peines de prison, et d’arrêter de prendre l’équipage des navires comme bouc émissaire ! ». L’histoire ne dit pas si ces propositions seront totalement entendues. Mais la récente annonce faite par la Commission de proposer, d’ici fin janvier, un texte visant à imposer des sanctions pénales aux responsables de pollutions marines y participe.

Lundi 20 Janvier 2003

Source :
http://www.fenetreeurope.com/actu/2003/01/a_1896.htm

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