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Après le naufrage
de l'Erika
En finir avec les marées
noires
Les gouvernements des Quinze ont fait preuve, en matière
de transports maritimes, d'une négligence extrêmement grave,
alors que des législations européennes auraient pu permettre
d'éviter des catastrophes comme celle de l'"Erika".
Le naufrage de l'Erika, le 12 décembre dernier, n'est pas
dû à la fatalité. La marée noire est assurément le résultat
de l'irresponsabilité des armateurs et des compagnies pétrolières,
plus soucieux de faire des profits que d'assurer la sécurité
de leur marchandise et de leurs personnels. Mais elle est
aussi le fruit de l'inconséquence politique de la Commission,
du Conseil des ministres et des gouvernements européens qui,
au lieu de suivre les recommandations du Parlement européen
et de faire appliquer les directives pourtant promulguées,
ont préféré succomber aux sirènes des lobbies pétroliers.
L'Europe n'en est pas à sa première marée noire, ni à son
premier dégazage en mer. La liste des pétroliers qui ont souillé
durablement les côtes au cours de ces 20 dernières années
est longue: Tanio, Amoco Cadiz, Braer, Bassya, Katja, Pallas
et aujourd'hui Erika. Cependant, depuis le début des années
1990, face à la colère grandissante des opinions publiques
européennes, des règlements et des directives ont été édictés
pour contrer la déréglementation du transport maritime. Le
naufrage de l'Erika met donc en évidence de manière tragique
l'insuffisante rigueur des lois qui régissent la navigation
maritime et de graves dysfonctionnements dans l'application
des lois existantes.
1. Faire appliquer la législation européenne existante.
Dès aujourd'hui, les Etats membres doivent se soumettre à
la législation européenne existante, notamment la directive
95/21 sur le contrôle par l'État du port concernant
la prévention de la pollution et les conditions de vie et
de travail à bord des navires.
2. Suivre les recommandations et les avis du Parlement
européen. Le 21 janvier 1993, suite au naufrage du Braer,
il votait à l'unanimité une résolution commune présentée par
les députés Collins (Parti socialiste), McIntosh (Parti populaire
européen), Vohrer, Pimenta et Bertens (libéraux), Van Dijk
et Amendola (Verts), De la Malene (Rassemblement des démocrates
européens), Ewing, Blaney, Sandbaek, Simeoni, Melis et Vandemeulebroucke
(Arc-en-ciel) et Mayer (Coalition des gauches). Cette résolution
demandait à la Commission et au Conseil des ministres européens
de prendre des mesures simples et de bon sens sous forme de
directives comme :
l'interdiction aux pétroliers de plus de 15 ans de mouiller
dans les ports des Etats membres (loi d'ores et déjà en vigueur
aux Etats-Unis) ;
l'adoption d'un échéancier pour interdire l'accès aux
eaux territoriales européennes aux pétroliers ne disposant
pas d'une double coque ;
l'inspection des navires dans les ports communautaires
et des sanctions en cas de non-respect des normes communautaires ;
l'abandon à terme des pavillons de complaisance.
D'autres textes sont venus compléter cette résolution, comme
celle du 27 octobre 1994 sur le déversement de pétrole brut
au nord du Portugal à la suite de l'accident du pétrolier
Cercal et sur la sécurité en mer, comme l'avis du 27 octobre
1994 concernant l'accès au port, la prévention de la pollution
et les conditions de vie et de travail à bord des navires,
comme la résolution du 1er février 1996 sur la sécurité
en mer et enfin de la résolution du 27 mars 1996 suite au
naufrage du pétrolier Sea Empress au large de Milford Haven
(Pays de Galles), qui introduisait notamment l'application
du principe "pollueur-payeur" en engageant pleinement la responsabilité
des armateurs, non seulement pour les opérations de nettoyage,
mais aussi pour les pertes de revenus subies par les pêcheurs
et pour le paiement des compensations pour les dégâts causés
à l'environnement.
Preuve en est que, s'il y avait eu une réelle volonté politique
des exécutifs européens et nationaux, le naufrage de l'Erika
et la marée noire auraient pu être évités. C'est donc à nous
tous, par nos mobilisations, à l'échelle européenne, d'imposer
à nos gouvernements nationaux, à la Commission et au Conseil
que des mesures législatives soient prises et respectées pour
en finir avec les marées noires.
Patrick Tamerlan
(Rouge
27/01/00)
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