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Coordination des collectifs marée noires du littoral
Atlantique
Conférence de presse du
24 mai
1) Nous serons présents à l'AG de TOTAL-FINA-ELF
à Paris :
À l'intérieur : pour rappeler à Monsieur
Desmaret et aux actionnaires de Total-Fina-Elf que la catastrophe
de l'Erika n'est pas un problème de communication, mais bien
un problème économique, écologique et moral.
On sait maintenant que les services techniques (VETTING) de
TOTAL ne pouvaient ignorer que, depuis 1997, l'Erika était
un bateau en mauvais état. TOTAL a affrété l'Erika ; sa responsabilité
est donc engagée ; TOTAL doit payer.
La marée noire est toujours là : Total
n'a pas fait ce qu'il fallait. Avec 23 milliards de bénéfices,
TOTAL a les moyens de réparer les dommages. De plus, TOTAL
nous ment en certifiant qu'il ne se retirerait pas des communes
ou des sites qui ont posé des problèmes juridiques : à CODAN
(commune de Lanester - Morbihan), TOTAL a abandonné les travaux
de nettoyage du site provisoire de stockage des déchets (ils
y sont toujours).
La saison touristique semble compromise - beaucoup
se demande ce qu'il faut faire pour ne pas rendre les choses
plus difficiles - et il ne faut pas sacrifier les autres saisons
en mentant sur la réalité de la pollution.
Une campagne de publicité ne peut suffire.
Les décideurs politiques doivent faire preuve
aujourd'hui de courage face au pollueur : Aujourd'hui, l'État
semble se contenter du fait que Total débourse 850 millions
pour la catastrophe de l'Erika : notamment 500 pour le pompage
et 200 pour le traitement et l'élimination des déchets.
Mais, faut-il encore le rappeler, le groupe
Total-Fina-Elf a fait un bénéfice annuel de 23 milliards.
Les profits sont privés. Ce n'est pas aux collectivités, à
l'État, aux régions ou aux départements de payer, ni la réparation
de tous les préjudices, ni la remise en état du littoral.
L'État et les différentes collectivités ont
déjà dépensé 11 milliards. Il est vrai qu'actuellement, la
loi pénale ne permet pas de mettre en cause facilement le
groupe pétrolier. Pour autant, la pression doit être maintenue
et s'organiser face à lui. Nous voulons que TOTAL s'engage
sur une décontamination de tout le littoral (sables, rochers
et fonds.).
L'État refuse aujourd'hui d'exercer une réelle
pression politique sur le groupe. Il cède au chantage. Total
veut faire croire aux pouvoirs politiques et aux collectivités
qu'il pourrait ne pas débourser même ces 850 millions.
De plus, il est intolérable d'entendre Total dire et mettre
en avant qu'il sera le dernier à réclamer quelque chose au
FIPOL, comme si Total était une victime de la catastrophe.
À l'extérieur : pour dire à l'opinion
et aux décideurs politiques que la marée noire est toujours
là et que la législation doit être changée.
Il y a aujourd'hui, défaillance du propriétaire et de l'armateur,
ce qui montre la nécessité d'un véritable système de responsabilité.
La dilution des responsabilités et les défaillances des responsables
légaux profitent d'abord au donneur d'ordre, le groupe pétrolier
: Rina, l'organisme du contrôle italien du navire accuse le
capitaine du navire qui s'en défend.
Le propriétaire du navire, grec semble-t-il, accuse Rina ou
encore la société gestionnaire la Panship qui serait aux Bahamas.
Et aujourd'hui, le propriétaire et la société gestionnaire
seraient devenus deux coquilles vides... Ces "grenouillages"
n'ont d'autre but pour les différents protagonistes que de
se dégager pour l'avenir d'éventuelles responsabilités financières
et pénales.
La racine de cette situation est la recherche
du transport au moindre coût, la logique du profit... Quelques
groupes pétroliers contrôlent toute la chaîne du pétrole.
Leurs profits sont énormes.
Les différents intervenants dans la chaîne sont en fait des
secondes mains, complètement dépendants des groupes pétroliers
et qui leur servent de "paravent" légal en cas de coup dur.
Pour qu'il y ait un véritable système de responsabilité,
il faut que les donneurs d'ordre soient les premiers responsables,
c'est-à-dire les groupes pétroliers affréteurs.
Pour que la catastrophe de l'Erika soit effectivement la dernière,
il faut instituer une nouvelle responsabilité : la responsabilité
pénale environnementale.
Il est indispensable de le faire pour casser la dilution des
responsabilités et la défaillance des sociétés "écrans", pour
que les affréteurs aient enfin intérêt à faire circuler des
bateaux propres.
Il est parfaitement plausible de changer la réglementation
dans ce sens puisque les États-Unis ont évolué ainsi après
la catastrophe de l'Exxon Valdez et surtout parce que l'Europe
a déjà adopté ce genre de réglementation dans d'autres domaines.
Ainsi, pour la construction de bâtiments, le maître d'ouvrage,
c'est-à-dire celui qui décide la construction et qui l'utilisera,
est responsable de la prévention des risques au cours du chantier.
Quelle différence entre un maître d'ouvrage
et un affréteur qui décide le transport et se fait livrer
le pétrole dans la majorité des cas à sa propre raffinerie
? Les décideurs politiques doivent prendre leurs responsabilités
pour l'avenir : L'État et l'Europe sont placés devant leurs
responsabilités politiques.
La loi doit changer. La collectivité doit imposer
sa raison face à la raison économique. Il faut des lois contraignantes
et appliquées pour que la catastrophe de l'Erika ne se reproduise
plus.
Ces lois se concentrent dans la responsabilité pénale environnementale,
donc financière illimitée, d'abord des donneurs d'ordre.
De telles lois impliquent l'abrogation du protocole
de 1992 entre l'État et les groupes pétroliers qui justement
à l'inverse prévoit l'exonération de la responsabilité des
affréteurs en cas de marée noire.
Au moment du CIADT et du CIMer à Nantes le 28 février dernier,
le Premier ministre a renvoyé beaucoup de choses sur l'Europe.
Six mois après la catastrophe de l'Erika, la France va présider
l'Europe.
L'État français doit à cette occasion faire preuve de courage.
2) Nous avons demandé un rendez-vous au Ministre
des Transports :
Pour le pompage, nous ne faisons pas confiance
à TOTAL.
Nous voulons pouvoir nous assurer de façon incontestable du
véritable contenu de l'Erika.
Pour cela nous allons demander à Monsieur GAYSSOT de nommer
des experts internationaux indépendants (le refus de TOTAL
face à la demande de St-Nazaire est inadmissible).
Nous lui rappellerons aussi nos exigences sur
la nécessité de la transparence et de la vérité, comme celles
énoncées plus haut (TOTAL doit payer et responsabilité des
donneurs d'ordre, notamment au niveau européen).
Imposer la transparence : Beaucoup de bruits ont circulé sur
le contenu réel de l'Erika : pétrole issu de raffinage, dangereux
pour l'homme et la nature, ou résidu pétrolier encore plus
dangereux et considéré comme déchet industriel. Personne ne
peut avoir toucher au contenu des cuves qui gisent par 110
mètres de fond.
Alors, pour établir la vérité, la Coordination
des collectifs exige des prélèvements dans chaque cuve et
analyses par des experts internationaux d'organismes indépendants.
Imposer la transparence aussi sur les éventuelles conséquences
sanitaires pour les bénévoles en particulier qui ont travaillé
sur les plages. Les pouvoirs publics s'étaient engagés à permettre
un suivi médical de tous ceux qui le désirent.
Il faut rappeler ce que tout le monde sait : le produit pétrolier
contient des hydrocarbures polycycliques aromatiques (HPA),
substance classée notamment cancérigène.
Il faut rappeler qu'en particulier au début
de la dépollution, les personnes étaient peu ou mal protégées
et mal informées. Aucune action sérieuse n'a été menée pour
que les bénévoles se fassent connaître et leur proposer ce
suivi.
Exiger la vérité sur les causes et les conséquences
de la catastrophe : La pression doit de poursuivre pour que
le citoyen sache un jour comment les choses se sont réellement
déroulées avant le 14 décembre dernier et le jour même. Les
conséquences de la catastrophe restent toujours mal évaluées.
Pourquoi n'y a-t-il pas une synthèse publique,
complète et actualisée des conséquences financières pour les
professionnels de la mer et du tourisme, et bien sûr une synthèse
sur la situation du traitement des déchets ?
Une synthèse aussi des conséquences de cette catastrophe sur
la faune et la flore ? Il faut une remise en état raisonnée
de tout le littoral et une destruction rapide et là aussi
raisonnée de tous ces déchets.
Exiger ici aussi la transparence. L'exemple
de Couëron : des déchets dus à la pollution de l'Erika sont
brûlés dans le centre d'incinération Arc-en-ciel. Personne
ne sait pourquoi il y a eu un problème et quelles pollutions
résiduelles ont eu lieu ?
Pourquoi entend-on dire qu'il se pourrait qu'une partie des
déchets soit inerté à la chaux ou pire mis en décharge contrôlée,
alors qu'il a fallu l'Erika pour se souvenir que des déchets
de l'Amoco Cadiz étaient encore en place, à proximité du parcours
de la manifestation à Donges du 25 mars dernier.
Le 24 mai 2000.
Coordination des Collectifs anti-marée noire du littoral atlantique
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