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Sur les pavillons de complaisance
Article de l'International
Transport Worker's Federation (ITF)
Bref tour d'horizon de la complaisance (FOC)
Un navire de complaisance est un navire qui arbore le
pavillon d'un pays autre que celui du pays de propriété. Plusieurs
facteurs peuvent inciter un armateur à «passer» à un autre
pavillon : frais d'immatriculation réduits, peu ou pas
d'impôts, et liberté totale d'employer une main-d'oeuvre bon
marché...
L'ITF tient compte de la proportion de navires étrangers
immatriculés au registre, ainsi que des autres critères suivants,
pour déterminer s'il s'agit ou non d'un pavillon de complaisance :
- Capacité et volonté de l'Etat du pavillon de faire respecter
les normes sociales internationales minimales sur ses navires,
y compris le respect des droits humains et syndicaux fondamentaux,
la liberté syndicale et le droit de négocier collectivement
avec des syndicats authentiques.
- Son «bilan» social au vu des conventions et recommandations
de l'OIT qu'il a ratifiées et mises en oeuvre.
- Son «bilan» en matière de sécurité et de respect de l'environnement
au vu des conventions de l'OMI qu'il a ratifiées et mises
en oeuvre, et des rapports d'inspection du contrôle de l'Etat
du port pour les défaillances et détentions.
L'ITF estime qu'il devrait y avoir un «lien véritable» entre
le propriétaire réel d'un navire et le pavillon arboré par
le navire, conformément à la Convention des Nations Unies
sur le droit de la mer (UNCLOS). Ce «lien véritable» n'existe
pas dans le cas des registres de complaisance (FOC).
Ces registres pêchent également par leurs normes déplorables
de sécurité et de formation et la nationalité de l'équipage
ne fait l'objet d'aucune restriction. De ce fait, des marins
ne peuvent communiquer adéquatement entre eux car ils ne partagent
pas la même langue. Avec autant d'accidents à déplorer chaque
année en mer, le manque de communication peut faire toute
la différence entre un navire sauvé ou perdu.
Dans bien des cas, ces registres ne sont même pas gérés dans
le pays concerné. Le registre libérien en est un bon exemple
: tout le travail administratif est effectué aux Etats-Unis.
Dans le cas du pavillon cambodgien, le registre est basé à
Singapour.
Une fois que son navire bat pavillon de complaisance, l'armateur
peut recruter l'équipage le moins cher possible, payer des
salaires de misère et réduire ses coûts en abaissant les conditions
de vie et de travail de l'équipage.
Pays «de complaisance»
Les registres des 27 pays suivants ont été déclarés pavillons
de complaisance par le Comité d'action de l'ITF contre les
pratiques déloyales (un comité paritaire composé des syndicats
de gens de mer et dockers de l'ITF) qui dirige la campagne
de l'ITF contre les pavillons de complaisance :
Antigua-et-Barbuda
Antilles néerlandaises
Aruba (Pays-Bas)
Bahamas
Barbade
Belize
Bermudes (Royaume-Uni)
Birmanie
Cambodge
Chypre
Gibraltar (Royaume-Uni)
Honduras
Iles Canaries (Espagne)
Iles Caïmans (Royaume-Uni)
Iles Cook (Nouvelle-Zélande)
Iles Marshall (Etats-Unis)
Liban
Liberia
Luxembourg
Malte
Maurice
Panama
Registre maritime international allemand (GIS)
Saint-Vincent
Sri Lanka
Tuvalu
Vanuatu
Que représentent les pavillons de
complaisance pour les gens de mer ?
Les gens de mer employés sur des navires FOC se voient privés
de leurs droits humains et syndicaux fondamentaux dans la
mesure où les registres de complaisance n'appliquent pas les
normes sociales minima. S'ils le faisaient, les armateurs
iraient très vite voir ailleurs. Les pays d'origine des équipages
sont impuissants à les protéger car les règles appliquées
à bord sont celles du pays d'immatriculation. En conséquence,
presque tous les marins employés sur des navires battant FOC
ne sont pas syndiqués. Ceux qui le sont ne peuvent pas attendre
grand chose de leur syndicat qui n'a pas la possibilité d'influencer
ce qui se passe à bord.
Les gens de mer jouent un rôle vital pour nous tous. Ils
sillonnent les mers pour transporter tout ce dont nous avons
besoin, qu'il s'agisse de bananes, pétrole, gaz et matériaux
de construction ou des étoffes, des céréales et de la viande
congelée. Mais c'est aussi une main-d'oeuvre invisible. Ce
qui se passe en mer échappe la plupart du temps aux régulateurs
et par conséquent les armateurs peuvent violer les droits
des gens de mer en toute impunité.
Depuis plus de cinquante ans, l'ITF fait campagne contre
les pavillons de complaisance et a mis en place un réseau
d'inspecteurs qui montent à bord des navires suspects. Leurs
rapports font état de nombreux abus :
Salaires dérisoires
Mauvaises conditions à bord
Longues périodes de travail sans repos adéquat ce qui entraîne
stress et fatigue
Peu ou pas de permissions à terre
Suivi médical insuffisant
Formation inadéquate en matière de sécurité
Navires mal entretenus
Marins abandonnés qui doivent se débrouiller par leurs propres
moyens ou faire appel à la charité.
SECURITE DEFAILLANTE
Peu enclins à respecter les règles de sécurité, beaucoup de
navires FOC sont plus âgés que la moyenne de la flotte mondiale.
Des dizaines de milliers de marins vivent dans des conditions
misérables, voire dangereuses, à bord de navires sous normes.
Beaucoup de détentions imposées par les autorités du contrôle
de l'Etat du port concernent des navires FOC âgés ou mal entretenus
qui n'auraient jamais dû prendre la mer. Beaucoup de ces navires
sont qualifiés de «cercueils flottants».
On constate également que les sinistres sont plus nombreux
chez les navires battant FOC. En 1997, 46 % des pertes en
tonnage absolu étaient attribués à seulement huit pavillons
de complaisance. Parmi les dix registres qui détiennent la
palme des tonnages perdus, on trouve cinq pavillons de complaisance
: Cambodge (1er), Saint-Vincent (2ème), Antigua (8ème), Chypre
(9ème) et Belize (10ème).
Toutefois, l'état des navires n'explique pas à lui seul ces
pourcentages élevés. L'industrie reconnaît que 80 % des accidents
en mer sont dus aux erreurs humaines. Cela n'est guère surprenant
quand on sait que les équipages sont surchargés de travail,
sous-payés, et incapables de prendre un repos suffisant. Il
ne faut pas non plus oublier que les armateurs peuvent se
dispenser d'assurer la formation des équipages en matière
de sécurité et sont libres de recruter des marins qui ne peuvent
communiquer entre eux. Les inspections ITF, et celles effectuées
par les autorités du contrôle de l'Etat du port, confirment
que beaucoup de marins sont mal nourris et manquent d'eau
potable. Nombreux sont les cas de nourriture insuffisante
ou avariée.
MANQUE DE PROTECTION
Les consignes de sécurité mal respectées et des navires peu
sûrs font du métier de marin la profession la plus dangereuse
de toutes. On évalue le nombre de morts en mer à 2 000 par
an.
Les accidents sont nombreux - chutes dans les écoutilles,
membres sectionnés, brûlures, etc. Mais cela ne semble pas
préoccuper outre mesure les propriétaires des navires de complaisance
qui se soucient avant tout de leurs cargaisons et du coût
de tout retard éventuel dans les livraisons.
L'ITF traite chaque année de nombreux dossiers de marins
qui n'ont pas reçu les soins médicaux nécessaires. Certains
marins blessés ont été abandonnés à terre ou retirés d'hôpitaux
coûteux pour être rapatriés à leur domicile où ils recevront
souvent des soins inadéquats.
Pis encore, les marins sans aide extérieure ont peu de chance
d'obtenir une indemnisation. Une main coupée peut mettre un
terme à la carrière de marin, et priver ainsi une famille
nombreuse de revenus réguliers. L'ITF défend ces dossiers
devant les tribunaux. Très souvent, il faut démêler le
labyrinthe de structures très complexes des compagnies avant
d'identifier celles qui sont responsables du navire et de
son équipage. Le système FOC facilite la tâche des armateurs
qui souhaitent échapper à leurs responsabilités.
SALAIRES IMPAYES
Chaque jour, l'ITF est alertée par des équipages à qui l'on
doit de grosses sommes d'argent. Fréquemment l'équipage n'est
tout simplement pas payé et les marins qui le sont ont du
mal à envoyer de l'argent à leur famille car leur salaire
est très inférieur aux normes internationales établies. Souvent
les mois passent sans que l'argent promis leur soit versé.
Dans une situation de plus en plus désespérée, les marins
ne voient pas comment s'en sortir. Sans argent, ils ne peuvent
même pas rentrer chez eux. C'est chez les navires battant
pavillon de complaisance que l'on trouve le plus de marins
abandonnés. Ils sont coincés sur le navire sans soutien syndical
et sans aucun moyen de prendre contact avec leur armateur.
Les interventions des inspecteurs ITF ont été particulièrement
payantes pour récupérer les salaires dus aux gens de mer.
En 1997, l'ITF a pu récolter 37 millions de dollars US d'arriérés
de salaires pour des marins employés sur des navires battant
pavillon de complaisance ou autres navires sous normes. Le
quart des navires FOC sont maintenant couverts par des accords
ITF qui offrent une protection directe à plus de 80 000 marins.
VULNERABILITE
En dépit de toutes ces épreuves, beaucoup de marins employés
sur des navires FOC ont trop peur pour se plaindre. A Manille,
aux Philippines, premier pays fournisseur de main-d'oeuvre
pour la flotte mondiale, les agences d'embauche mettent à
l'index les gens de mer qui «font des histoires».
Il est fréquent que des capitaines inscrivent la mention
«agent provocateur de l'ITF» dans leur livret de débarquement.
Certains marins ont même été emprisonnés à leur retour chez
eux. Alors que des milliers d'autres marins attendent pour
prendre leur travail, ils sont impuissants à se protéger.
Et avec de nouvelles sources de main-d'oeuvre toujours meilleur
marché, notamment en Chine, les conditions et salaires ne
peuvent qu'empirer.
La campagne de l'ITF contre les pavillons de complaisance
a permis d'obtenir de meilleures conditions de vie et de travail
pour des gens de mer de toute nationalité. Si l'ITF n'imposait
pas des réglementations aux navires FOC dans le cadre de conventions
collectives, des milliers de marins seraient aujourd'hui dépourvus
de protection et de droits. Même s'il ne fait aucun doute
que l'exploitation des gens de mer va se poursuivre, l'ITF
est bien décidée à se battre jusqu'au bout.
La standardisation des conditions de travail est l'ultime
objectif et les syndicats jouent un rôle crucial dans ce domaine.
Lorsque les réglementations nationales peuvent être aussi
facilement détournées par n'importe quelle grande compagnie
qui dispose de filiales dans d'autres pays, le syndicalisme
international joue un rôle essentiel. Sans lui, il est inévitable
que les conditions de travail continuent à se dégrader.
Depuis plus de cinquante ans, la campagne contre les FOC
s'est donné les objectifs suivants :
- L'élimination des systèmes de pavillon de complaisance
et l'établissement d'un cadre de régulation pour les transports
maritimes qui s'inspire du concept du lien véritable entre
le pavillon arboré par un navire et le lieu de la propriété
réelle et du contrôle ;
- La lutte contre les navires sous normes et l'application
d'accords agréés par l'ITF pour tous les navires, quel que
soit leur pavillon, en utilisant tous les moyens politiques,
industriels et légaux à la disposition de l'ITF ;
- La protection et l'amélioration des conditions d'emploi
des travailleurs maritimes, en veillant à ce que tous les
travailleurs maritimes, sans distinction de couleur, nationalité,
sexe, race ou croyance, ne soient pas victimes de l'exploitation
de leur employeur ou de ceux qui agissent en leur nom ;
et
- Le renforcement des syndicats affiliés au plan individuel,
pour tous les aspects organisationnels, afin d'obtenir un
meilleur degré de solidarité au niveau de la campagne.
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