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 Marée noire

Bogue politique de l'an 200
Les Verts mazoutés

Les Verts prétendaient jusqu'alors défendre une autre approche de la politique et proposer des idées neuves pour le millénaire qui s'annonce. Ils se retrouvent sinistrement englués pour n'avoir pas su réagir à la hauteur de la marée noire.

Voilà bien l'un des principaux paradoxes des catastrophes écologiques qui viennent de frapper l'Hexagone. Les Verts se voient menacés dans leur légitimité de parti ayant largement contribué, sur la décennie écoulée, à faire émerger l'exigence d'un développement durable.
Soyons néanmoins précis. Les militants Verts sont descendus dans la rue, aux côtés de ceux de la LCR, pour mettre en cause les responsabilités des grands pétroliers dans la marée noire qui submerge les côtes occidentales. Cela ne peut toutefois rattraper l'attitude, difficilement excusable, de la ministre de l'Environnement.
Le problème n'est pas, en l'occurrence, que Dominique Voynet ait tardé à écourter ses vacances pour se rendre sur les plages mazoutées. Il ne réside pas davantage dans les accusations de Daniel Cohn-Bendit, qui considère que "l'erreur politique" fut de traiter le problème à la manière d'une "infirmière". Le machisme du propos et son caractère méprisant pour la profession incriminée n'auront d'ailleurs pas tardé à valoir à l'intéressé une avalanche de réactions si indignées qu'il a dû faire amende honorable...

Réaction choquante
Reste que la réaction de la ministre a choqué, à juste titre, les populations concernées et l'aire écologiste dans sa diversité militante et associative. Elle aura, en effet, commencé par banaliser l'importance du désastre en cours ­ "je ne suis pas certaine qu'il s'agisse d'une catastrophe écologique"­, avant de manifester une déférence plutôt étonnante envers TotalFina. S
i l'on veut se rassurer à bon compte, on y verra simplement une "gaffe"due à la seule sous-estimation de la gravité de la marée noire. Dominique Voynet vient pourtant, elle-même, de souligner que la question s'avère d'une tout autre nature. Répondant aux questions du Journal du Dimanche, elle expliquait le 2 janvier : "Dans ce gouvernement, ma tâche est aussi de poser des questions que personne d'autre ne pose. Cela dit, il n'est pas possible d'être membre d'un gouvernement, c'est-à-dire astreint à une certaine solidarité, et porte-parole d'un parti. Donc, j'occupe pleinement mes responsabilités ministérielles." Dans la foulée, elle va d'ailleurs jusqu'à proposer une définition pour le moins singulière de la tâche de sa formation politique : "Les Verts n'ont pas si mal réagi : ils sont sur les plages tous les jours en train de nettoyer, et leurs députés ont fait un gros travail pour répertorier les besoins."
Toute la crise d'identité des Verts se trouve ici résumée. Leur histoire les a vus progressivement se construire en opposition à la logique profonde du grand capitalisme prédateur. Cet héritage radical, qui les a conduits à s'engager dans les mobilisations sociales, à refuser la guerre du Golfe ou à participer aux campagnes du "non" de gauche à Maastricht et Amsterdam, se trouve présentement mis en cause par les contraintes du réalisme gestionnaire.
L'année passée en aura fourni maintes démonstrations. C'est indubitablement leur actuel statut de parti de gouvernement qui les amena à soutenir majoritairement les bombardements de l'Otan durant la guerre du Kosovo. C'est encore lui qui permit à Cohn-Bendit de laisser libre cours à sa nouvelle passion pour le libéralisme à l'occasion de la campagne des élections européennes. C'est enfin lui qui poussa Dominique Voynet et ses amis les plus proches à s'opposer à la manifestation du 16 octobre, décidée après l'annonce des suppressions d'emplois à Michelin et alors que Lionel Jospin expliquait froidement que l'Etat ne pouvait rien face à la dictature des marchés.

Crise morale
Cette fois, cependant, c'est sur son terrain de prédilection, celui à partir duquel il prétendait offrir une autre vision du monde à bâtir, que le parti de l'écologie politique trébuche. Jusqu'à se révéler totalement incapable d'interpeller le gouvernement sur les mesures d'urgence qui s'imposeraient, par exemple pour réguler de façon contraignante le transport maritime ou mettre sous contrôle public les compagnies pétrolières.
A cette paralysie, on mesure combien la conception défendue par Dominique Voynet dans le JDD dessine la dilapidation possible d'un capital politique : un ou deux maroquins pour représenter la "mauvaise conscience"d'un gouvernement ayant d'autres priorités ; un parti dont la fonction ne soit même plus de changer le rapport de forces, mais de faire du travail de terrain pour suppléer aux carences de la puissance publique.
Loin des arrière-pensées, apparemment nombreuses au sein des Verts, souhaitons simplement que cette crise morale provoque un sursaut salutaire des militants et militantes. (janvier 00)

Christian Picquet (Rouge 06/01/00)

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Erika


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